• ENFANTS AMÉRINDIENS RETIRÉS À  LEUR FAMILLE

     

    20 000 enfants amérindiens, inuits et métis retirés de leurs familles entre 1960 et 1980 au Yukon

     

    Un homme de la première nation Kwanlin Dun du Yukon, retire de sa famille alors qu’il n’était qu’un poupon durant les années ’60, a passé de nombreuses années sans voir sa mère. Devenu jeune adulte, il l’a retrouvée quand il est rentré à Whitehorse.

    Aujourd’hui, il veut trouver la paix, pour elle, et pour lui-même.
    David Moroz et sa mère Effie Campbell. Des souvenirs douloureux
    David Moroz et sa mère Effie Campbell. Des souvenirs douloureux © Radio-Canada

    « Elle m’a pris sous son aile, m’a emmené dans la forêt et m’a appris tout ce que je sais aujourd’hui sur la vie dans les bois, » nous dit David Moroz.

    David Moroz et son frère jumeau n’avaient pas encore un an et demi quand des agents du gouvernement territorial du Yukon les ont retirés de leur famille en 1968.

    Ils faisaient partie de ces 20 000 enfants de Premières Nations, Inuits et Métis qui ont été adoptés par des familles non amérindiennes ou qui ont été placés en familles d’accueil non amérindiennes entre les années 1960 et 1980.

    Les deux garçons ont été déplacés de famille d’accueil en famille d’accueil avant d’être adoptés par une famille d’origine européenne, des Blancs, en Colombie-Britannique.

    David Moroz s’est enfui et a repris contact avec les siens au Yukon dans les jours qui ont suivi le suicide par pendaison de son frère. Les jumeaux n’avaient alors que 16 ans.

    « J’ai eu l’impression qu’on m’arrachait un bras, c’est irremplaçable » dit-il du décès de son frère.

    La mère de David Moroz, Effie Campbell, se souvient très bien des retrouvailles.

    « Je pleurais de joie, je l’embrassais, je l’étreignais, je ne voulais pas le laisser aller, ne plus le toucher.»

    Madame Campbell dit ne pas avoir compris ce à quoi elle s’engageait lorsqu’elle a signé les documents donnant droit aux autorités territoriales de prendre ses bébés jumeaux.

    Selon les agents des services sociaux, elle avait un problème d’alcool et ne pouvait pas s’occuper convenablement de ses enfants.

    « Ils m’ont dupée, » dit-elle. « Ils ne m’ont jamais dit qu’ils enverraient mes garçons loin d’ici et que je ne pourrais plus les revoir. On ne m’a rien dit. Rien. »

    Bien que les retrouvailles mère-fils aient été empreintes d’amour et d’émotion, l’ajustement à la vie dans le Nord est une toute autre histoire pour David Moroz.

    « De retour ici, je me sentais comme un bébé. J’ai vécu avec des Blancs toute ma vie, je n’avais plus aucun repère.  Je ne savais rien de ce que volait dire être amérindien. C’est grâce aux gens de cette communauté qu’avec le temps je suis devenu qui je suis. »

    Peu à peu, la connivence s’est recréée avec sa mère.

    « Durant des années, elle m’amenait en forêt et me la racontait. »

    Aujourd’hui, David Moroz tente d’aider sa mère à transcender la douleur de la séparation.

    « Je souhaite simplement de voir ma mère être mieux avec elle-même. Ce qui nous est arrivé n’est pas de sa faute. Nous faisons face au deuil de mon frère, son autre fils, ensemble. »

    David Moroz a mis des années à documenter ses expériences personnelles, colligeant de nombreux documents gouvernementaux. Il lui a fallu des années pour arriver à apaiser sa colère.

    En 1970, le Conseil des Chefs de la Colombie-Britannique – Union of B.C. Indian Chiefs – a exigé un moratoire sur les adoptions des enfants amérindiens au Canada. En Ontario, une poursuite en recours collectif est inscrite en faveur des enfants amérindiens de la province qui ont aussi subi les rafles des années ’60. La cause sera entendue en Cour divisionnaire provinciale en novembre.

    Pendant ce temps à Whitehorse au Yukon, David Moroz et sa mère tentent de tourner la page, d’amorcer une partie plus paisible de leurs vies.

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